• Mémoires de guerre d'un Woluwéen

     

     Mémoires de guerre d'un Woluwéen

    Monsieur Brigode est né en 1928, il a donc 86 ans aujourd'hui et des souvenirs à ne plus savoir qu'en faire. Il a accepté de partager avec moi quelques anecdotes cocasses mais aussi attendrissantes d'une époque mouvementée de notre pays et surtout de sa commune, Woluwe-Saint-Lambert, où il vit depuis 1936. Son récit commence alors qu'iI avait 10 ans....

    - Pendant la guerre, j'étais élève à l'école Vervloesen dans la rue du même nom. L'école d'aujourd'hui est identique à celle où j'y usais mes fonds de pantalon. Dans cette école, il y avait un directeur flamingant pro-allemand. Il y avait deux classes de 6ème. Dans la première classe, le professeur était pro-allemand et dans la deuxième, le professeur soutenait les Anglais. Un jour, alors que j'avais marqué R.A.F (Royal Air Force) sur le mur, un élève m'a dénoncé au professeur pro-allemand. Le professeur s'est approché de moi et m'a donné la baffe de ma vie. Encore aujourd'hui, je me souviens de la douleur. C'est dire si je n'ai jamais oublié cette main brutale et inquisitrice. Alors que mon père était pourtant policier, je n'ai jamais osé lui en parler de peur des conséquences.

    - Pendant la guerre, il y avait une rue à Kappeleveld qu'on appelait la rue du Congo, à cause de la couleur des briques. Monsieur Fallon (*) a été bourgmestre à cette époque, en 1947.

     Mémoires de guerre d'un Woluwéen- Pendant la guerre, mon père a caché dans notre maison de Woluwe-Saint-Lambert, un petit juif polonais qui avait 4 ans. Alors que l'enfant logeait déjà chez mes parents, les militaires allemands ont fait une descente dans une rue située près de la place Jamblinne de Meux et se sont arrêtés à côté de la maison du papa de ce petit juif. Son père s'est alors caché dans une citerne et les soldats de la gestapo ne l'ont, heureusement, pas trouvé. Cet enfant est resté deux ans chez nous. La vie nous a séparés mais j'ai eu des nouvelles du petit bonhomme près de... 60 ans plus tard !!!   Un jour, on sonne à ma porte et le petit garçon de 4 ans était là devant moi avec... 56 ans de plus. Ce fut un choc émotionnel intense que je n'oublierai jamais.

    - Alors que je passais avec mes camarades par l'ancienne route de Tervueren, nous avons longé un camp allemand, l'alerte s'est mise à retentir et des avions alliés sont venus mitrailler ce camp alors que moi et mes ami(e)s étions à cent mètres de là. Il y eut heureusement plus de peur que de mal et nous sommes tous repartis indemnes. Un autre camp allemand se situait, si je me souviens bien, vers Zaventem. Après la guerre, celui-ci a littéralement été vidé de toutes ses planches car la population en avait besoin pour reconstruire ce qui avait été détruit.

     

     Mémoires de guerre d'un Woluwéen

     

    Les ponts de la Woluwe pendant la guerre mais aussi.... 

    Une partie des ponts date d'avant la guerre 40-45, dont certains en béton armé. D'autres ponts ont été construits après la guerre. Il y avait des murs au bout des jardins qui longent la rivière. Tous ces murs se sont effondrés car le sol descendait dans la rivière. Si vous cherchez bien, iI y a encore des vestiges de ces murs effondrés. On a refait de nouveaux murs et on a mis un pont en béton pour faire un appui sur l'autre rive. Dans cette rue, il y avait au début, une dizaine de maisons et la "villa Lambrecht", un peu plus loin, entourée d'un parc jardin. Cet à cet endroit qu'à été construit le premier pont. Pour les habitants de l'époque, ces ponts avaient une importance vitale. Ces maisons construites avant la guerre avaient des couloirs tellement étroits que l'on ne pouvait entrer les vélos que par l'arrière, donc le jardin via les ponts. Par la suite, toutes les appareils électro-ménagers encombrants (machines à laver, sèche linge....) passaient par là. Pendant la guerre, chaque habitant avait un lopin de terre ici derrière. On cultivait des patates, des légumes etc... Il y avait une petite rivière qui n'existe plus avec des grenouilles et des tortues. La rivière que vous voyez là était un égout à ciel ouvert. On y trouvait de tout, même des rats que je tirais avec ma carabine à plombs.Le boulevard de la Woluwe n'existait pas pendant la guerre. C'était un chemin de terre. L'emplacement actuel du Shopping de Woluwe était un marais. Avant la guerre, Woluwe était un terrain militaire, il y avait fréquemment des manoeuvres. Le Kwak, que tous les Woluwéens connaissent, n'était pas le même que celui que l'on voit actuellement. Je me rappelle que, juste en face, il y avait une tonnelle avec des bancs. Derrière la tonnelle il y avait un tir à l'arc horizontal. Le Kwak était tenu par deux soeurs. Il y avait des vaches au "Slot" (aujourd'hui Colmar) qui était une ferme sans électricité. Je me souviens d'un chemin creux qui menait au couvent, aujourd'hui on y retrouve l'UCL. Il y avait, tout prêt, une sablonnière avec du sable blanc et une couche de sable gris. Quand on grattait le sable gris, on pouvait trouver des dents de requins que j'ai gardées d'ailleurs. Ces requins pouvaient atteindre 4 ou 5 mètres. On peut trouver des photos de ces dents dans un fort bel ouvrage consacré à notre commune que l'on peut se procurer au Musée Communal de Woluwe-Saint-Lambert.

     

     Mémoires de guerre d'un Woluwéen

     

     Mémoires de guerre d'un Woluwéen

     

    (*) Donald Alexandre Joseph Fallon, né à Londres (Royaume-Uni), le 30 mars 1916 et mort à Bruxelles le 5 juillet 1998 à l'âge de 82 ans est un homme politique belge. Sénateur et bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert.

    Après la Seconde Guerre mondiale, il s'inscrit au Parti Social-Chrétien. C'est au sein de ce parti, qu'il est élu conseiller communal à Woluwe-Saint-Lambert, avant d'être nommé bourgmestre en 1947, poste qu'il occupera jusqu'en 1977. Durant son maïorat, la population de la commune doubla. On construisit des logements sociaux et un stade qui porte son nom. Il milita aussi pour l'implantation de l'Université catholique de Louvain sur le territoire de la commune à la suite de la scission linguistique de l'université. Le choix se porta sur la commune d'Ottignies, à l'exception de la faculté de médecine qui s'implanta à Woluwe.

    De 1974 à 1978, Donald Fallon siège au Sénat, comme sénateur provincial de la province de Brabant de 1974 à 1977, puis comme sénateur coopté.

    Dessins extraits du carnet de Madame Barre Jeanine 


     

    Lien utile : http://woluwe-saint-lambert.eklablog.com/memoires-de-guerre-d-un-woluween-suite-a127627688

     


  • Commentaires

    1
    Dimanche 9 Août 2015 à 21:58

     Sa famille était un "Juste" et j'espère que le Musée Juif de Bruxelles a garde des traces de cet acte héroïque. 

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :