• Wolu1200 : Handicap... une coloc presque comme les autres

    Trouver un logement adapté à une personne porteuse de handicap relève du défi. A Bruxelles, depuis 2014, 250 nouvelles places ont été créées.

    Wolu1200 : Handicap... une coloc presque comme les autres

    Au menu ce soir : pennes au saumon et champignons. Clément, 27 ans, a de la chance. Selon le grand tableau affiché dans la cuisine, il est chargé du repas. Pourtant, aujourd’hui, tout le monde met la main à la pâte. Le jour est particulier : il s’agit de la soirée de départ de Raphaël. On a sorti l’apéro pour l’occasion. « Allez, moi, je mets la table, lance Mathilde, 22 ans. Combien d’assiettes ? »« Qu’est-ce que je mets comme musique ? », enchaîne Clément, la tablette à la main.

    Bref, une vie de coloc normale, dans une maison cosy de Woluwe-Saint-Lambert. Enfin presque. Aurélie Claeys, psychologue, et Lauranne Demets, éducatrice, n’ont pas leur chambre dans cette colocation. Elles travaillent chacune à temps partiel pour l’ASBL My Wish, et sont présentes à tour de rôle, en soirée, pour encadrer les jeunes habitants. My Wish est une maison communautaire qui propose six chambres à de jeunes adultes atteints d’un handicap léger ou d’un trouble du développement, de l’apprentissage et/ou du langage (tous les « dys » : dysphasie, dyslexie, dyspraxie). Une alternative novatrice à la vie en famille ou en institution.

    Le 23 août dernier, Le Soir publiait le coup de gueule du Conseil supérieur national des personnes handicapées qui pointait la trop lente mise en œuvre des recommandations émises par l’ONU en 2014 pour les personnes handicapées. Parmi ces recommandations, le logement constituait une question centrale. Le Conseil plaidait pour des lieux de vie de plus petites tailles pour répondre au manque de places en institutions.

    C’est bien l’objectif que s’est donné l’ASBL My Wish, créée il y a deux ans par Martine Caeymaex (maman d’une jeune à présent membre de la colocation) et soutenue par la Cocom et la Fondation Roi Baudouin.

    « Cette maison a vocation à être un lieu de passage, explique Lauranne, éducatrice chez My Wish depuis six mois. Les jeunes ont un bail d’un an, renouvelable deux fois, pour maximum 3 ans. Le but est d’accompagner leur entrée dans la vie active : entamer les démarches auprès des services liés à l’emploi, trouver un travail, identifier ce qui coince dans leur autonomie et travailler cela avec eux. Bref, leur donner les outils pour qu’ensuite ils sachent où s’adresser quand ils ont un problème dans tel ou tel domaine. »

    Mathilde est l’une des plus jeunes de la colocation qui accueille des résidents de 18 à 26 ans. Elle a 21 ans : « Ici, on est assez autonomes, même si les éducatrices nous aident un peu. Moi, j’ai des problèmes de prononciation et de motricité fine : à présent, j’arrive presque à faire la cuisine toute seule. Mais j’ai besoin d’aide pour les papiers. » Le 1er septembre, Mathilde a commencé un emploi dans l’aide aux personnes via un contrat d’adaptation professionnelle (CAP). Melvin et Clément, eux, travaillent dans des entreprises de jardinage. « Aujourd’hui, cela a été une mauvaise journée, raconte Mathilde à Lauranne, qui accueille les colocataires quand ils rentrent du travail et débriefe leur journée. J’ai eu des moqueries. C’est un manque de respect. Mais j’ai pris sur moi, je dois m’imposer… »

    Les profils des jeunes sont très variés, tout comme leur degré d’autonomie : « Ils ont chacun des compétences et on les laisse faire tout ce qu’ils savent faire seuls, développe Lauranne. Il y en a certains que je dois tout le temps surveiller, que j’accompagne dans tout : même pour choisir entre deux légumes au supermarché. On a aussi un rôle important dans la gestion de conflits. Ce sont des jeunes qui ont beaucoup de mal à mettre des mots sur leurs émotions et les colères sont plus vives. » La vie en communauté n’est donc pas toujours un long fleuve tranquille. D’où l’importance des réunions hebdomadaires, mais aussi des activités plus récréatives un samedi par mois. Reste que, malgré les subsides, cette petite structure a un coût. La présence de deux éducatrices fait monter le « loyer » à 1.000 euros par chambre (repas compris). La ministre en charge du handicap, Céline Frémault, n’en est pas moins convaincue par le projet. Le financement d’une seconde maison est prévu d’ici la fin de la législature.

    Source :  Elodie Blogie - RENE BRENY (photo)        

    http://www.lesoir.be/114503/article/2017-09-16/handicap-une-coloc-presque-comme-les-autres


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