• Wolu1200 : Mémoire de la Shoah.... une page méconnue de l'histoire de notre commune

    Je m’appelle Bénédicte Jonnart et j’habite avenue Albert Jonnart. Quand on se présentait à l’école, voilà ce que je disais. Et j’étais très fière ! » Bénédicte a vécu toute sa jeunesse avec ses parents dans la maison de ses grands-parents, Albert et Simone Jonnart, qu’elle fait reconnaître Justes parmi les nations en 2013… C’est dans cette demeure que le couple a en effet sauvé la vie de Ralph Mayer, dont toute la famille a été déportée et a péri à Auschwitz. Au-delà de la rue qui porte leur nom, Albert et Simone Jonnart, comme les milliers de Justes européens, se verront bientôt honorés par un mémorial en hommage à leur courage, qui s’élèvera au cœur même du quartier européen, à Bruxelles.

    Pierre Jonnart, fils d’Albert et Simone, était dans la même classe que Ralph au collège Saint-Michel. « Nous avions le même âge, 17, 18 ans à l’époque, raconte l’homme, 93 ans au compteur, mais toujours bon pied bon œil. Mon père, avocat, avait dans sa clientèle le père de Ralph, un juif allemand qui s’était installé en Belgique pour échapper aux nazis. Un soir, Monsieur Mayer est venu trouver mon père. Comme la chasse aux juifs était aussi lancée en Belgique, il lui a demandé d’abriter son fils… Et Ralph est venu vivre chez nous. » L’adolescent vit dans une petite chambre sous les combles. Tous les jours, Pierre ramène ses cours de l’école et les deux amis étudient ensemble. Le jeune homme vit caché chez les Jonnart depuis un an quand un voisin les dénonce. « Un matin, nous avons été réveillés par la Gestapo, se souvient Pierre. C’était terrible, car il s’agissait de policiers belges ! Des collabos !, tonne encore le vieil homme, plus de 70 ans après les faits. Notre Ralph était dans une chambre tout en haut. Il était convenu qu’en cas de danger, il devait fuir la maison par la corniche, à l’arrière, passer sur la terrasse des voisins et se cacher à côté. »

    Ce 13 juillet 1943, aux petites heures, la Gestapo a fouillé toute la maison. N’a pas trouvé Ralph, mais bien un lit vide, encore chaud. Ils ont alors arrêté le père de famille, qui a été déporté dans un camp de travail français, où il est décédé de maladie, de malnutrition et d’épuisement moins d’une année plus tard, le 15 mars 1944, à l’âge de 54 ans.

    Ralph, lui, s’en est sorti. « Il a tiré son plan jusqu’à la fin de la guerre », résume Pierre qui, à l’époque, a un peu perdu contact avec Ralph. Et pour cause, on lui a vivement conseillé de disparaître, lui aussi, afin d’éviter qu’il ne subisse le même sort que son père. « J’ai quitté la maison et je me suis caché chez des parents dans le Limbourg, raconte Pierre. Puis dans un camp de résistants dans les Ardennes. À la fin de la guerre, juste après la libération, je me suis engagé pour la campagne d’Allemagne. C’était une façon pour moi de ne pas me laisser faire. À l’époque, j’étais déchaîné ! Imaginez : J’avais perdu mon père… Et cela par la faute de Belges collabos ! » Pierre contribuera d’ailleurs à faire condamner le voisin qui avait dénoncé sa famille.

    Wolu1200 : Mémoire de la Shoah.... une page méconnue de l'histoire de notre commune

     

    Pierre Jonnart, fils d’Albert et Simone. © Hatim Kaghat.

    Cette histoire familiale a baigné toute l’enfance de Bénédicte, la cadette des enfants de Pierre. Elle a en effet vécu dans la maison familiale, avec ses parents, ses frères et sœurs, mais aussi sa grand-mère. « On nous a toujours montré la fameuse corniche, il y a toujours eu ce fantasme du juif, Ralph, qui s’était enfui par là. Et l’impression de faire partie d’une famille où il s’était passé quelque chose d’exceptionnel. » C’est seulement il y a quelques années que cette mère de trois filles a entamé les démarches pour obtenir la reconnaissance de son grand-père en tant que Juste. « Je pense que c’est en tant que maman que j’ai réalisé le sens que cela a de mettre sa propre vie en péril, et celle de ses enfants pour sauver quelqu’un d’autre… Je ne voulais pas que cette histoire s’éteigne. »

    La procédure s’avère minutieuse. Malgré le conseil communal qui, rapidement après la guerre, a renommé l’avenue Linden en avenue Jonnart, Yad Vashem exige une trace écrite. Ralph, qui a poursuivi sa vie mais est décédé dans les années 80 sans laisser d’enfants n’est plus là en 2012 pour témoigner. « Il me manquait la pièce maîtresse ! », rage Bénédicte. Qui finit par obtenir le précieux sésame : une copie du procès-verbal du jugement du collaborateur, dans lequel Ralph témoigne explicitement de son hébergement par les époux Jonnart. « Ensuite les choses se sont accélérées et en décembre 2013, nous avons reçu le courrier de reconnaissance. Quelle émotion m’a alors prise quand j’ai constaté qu’ils avaient reconnu ma grand-mère également ! Car bien sûr, elle avait, elle aussi, donné son accord pour héberger Ralph…  » « Elle a été très courageuse : elle s’est retrouvée seule au sortir de la guerre avec trois enfants à charge. Elle a subi sans le dire, sans le montrer, des peines épouvantables », ajoute Pierre.

    Au cours de ses recherches, Bénédicte a redécouvert une série de petites anecdotes qu’elle évoque avec émotion. Ce jour où, à la fin de la guerre, Ralph est revenu chez les Jonnart et s’est jeté, en larmes, aux pieds de Simone. Ce bouquet de fleurs qu’il lui envoyait chaque année à l’anniversaire de la mort d’Albert. « Ralph était présent aux fêtes, aux fiançailles, comme un membre de la famille, poursuit Pierre. Même s’il s’est émancipé de nous. Je pense qu’il nourrissait une culpabilité énorme. C’était difficile pour lui de revenir. »

    Au-delà de la médaille et du « diplôme » décerné par Yad Vashem, Albert et Simone Jonnart auront donc bientôt un mémorial en leur honneur, car en l’honneur de tous les Justes européens. « Je n’ai jamais fait de cinéma sur ce que nous avons fait, souffle Pierre Jonnart. Je n’ai pas moi-même fait les démarches… Je ne sais pas pourquoi. Mais j’ai été très touché que ma fille cadette le fasse… » Le concours d’artistes pour le monument en hommage aux victimes de la Shoah et aux Justes sera lancé fin de cette année. La réalisation et l’installation de l’œuvre sont prévues pour la fin de l’année 2018, en vue d’une inauguration le 24 janvier 2019, journée internationale du souvenir de la Shoah.

    Source :  ELODIE BLOGIE

    http://plus.lesoir.be/115939/article/2017-09-25/memoire-de-la-shoah-javais-perdu-mon-pere-et-cela-par-la-faute-de-belges

    Lien utile :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Jonnart

    Mais aussi : Mémoires de guerre d'un Woluwéen

    http://woluwe-saint-lambert.eklablog.com/memoires-de-guerre-d-un-woluween-a107331322


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